Voyage de Pêche
Difficile de ne pas être conquis lorsque l’on découvre l’immensité des régions du Nord-Ouest canadien.
Pour tout dire, le Canada nous surprend dès notre première escale sur son sol. Nous qui étions imprégnés de clichés et d’idées reçues sur ce pays nous découvrons une tout autre réalité. La « cabane au Canada » c’est une mauvaise plaisanterie aujourd’hui.
Nous foulons le sol d’un pays ultra moderne et d’une puissance économique considérable. Le voyage depuis la France pour aller au Grand lac des Esclaves donne un aperçu des dimensions du Canada. En voyageant sur Air France, il faut 7 h 20 pour atteindre la première escale Toronto, capitale de l’Ontario, province la plus peuplée du Canada avec 12 400 000 habitants juste devant le Quebec qui lui compte 7 500 000 habitants.
Départ ensuite sur Air Canada pour Edmonton capitale de l’Alberta où l’on se pose après 4 h 05 de vol. Embarquement cette fois sur Canadian North pour un vol de 1 h 41 vers Yellowknife capitale des Territoires du Nord-Ouest, située sur les bords du Grand lac des Esclaves.
Le voyage ne s’arrête pas là. Après une nuit sur place, le lendemain matin départ pour un dernier vol de 1 h 30 au-dessus du lac pour le lodge.
Le lodge se situe juste en face d' un village Inuit, sur les bords du lac. Pour y arriver, nous aurons parcouru la même distance entre Paris et Toronto, que de Toronto au lodge!
UNE IMMENSITÉ QUASI DÉSERTIQUE, AU MILIEU UN LAC
L’arrivée au Grand lac des Esclaves nous plonge subitement au coeur d’une région qui nous semble désertique, un monde de solitude, immobile. Le lac, que l’on vient de survoler, nous est apparu sans limites bien distinctes. Vaste, très vaste, difficile d’en saisir la géographie tant il est parsemé d’îles, fait de contours découpés. 27 750 km2 d’eau, que la glace prend huit à neuf mois de l’année. La surface de la Belgique! Un lac immense, dont nous ne connaîtrons jamais les limites, ni les ressources. Une étendue d’eau sortie de sa torpeur hivernale, à peine débarrassée de ses glaces. Ici et là quelques glaciers encore présents, suspendus à la roche, témoignent de la rudesse du climat. Certains seront là tout l’été. Les eaux du Grand lac des Esclaves restent froides même en belle saison. Entre trois et cinq degrés. Mais elles se sont suffisamment réchauffées pour que la vie y reprenne. Trois mois, guère plus.
Un répit très court. L’unique fenêtre sur ces eaux prometteuses qui s’ouvre aux pêcheurs.
UN PIONNIER VENU D’IRLANDE
Si des Français se retrouvent au Grand lac des Esclaves, on le doit certainement à Michel Neuville.
Propriétaire de l’International Fishing Centre de pêche à Belturbet en Irlande. Michel et son fils Olivier s’y rendent régulièrement une quinzaine de jours tous les ans depuis 1993. Ils y vont chaque fois accompagnés d’un groupe de pêcheurs, entre douze et quinze selon les années. La plupart d’entre eux sont leurs clients d’Irlande. Véritable fédérateur, Michel Neuville chez qui ils pêchent le brochet, n’a pas eu beaucoup de mal à les convaincre de le suivre sur ce lac où l’on trouve ce poisson en quantités impressionnantes. Aujourd’hui encore certains d’entre eux, presents depuis la première heure ne rateraient « pour rien au monde » ce voyage qui a lieu en general dès la fonte des glaces, fin juin début juillet.
Très demandé pour le Canada, Michel Neuville envisage sérieusement d’y accompagner un deuxième groupe. Ce qui doublerait la présence des Français au « Great Slave Lake ». Entre douze et quinze pêcheurs en plus!
Perspective intéressante pour tout ceux que la pêche non stop ne rebute pas. Et des prises « à fatiguer » non plus!
Cette destination est à classer parmi les plus beaux voyages de pêche que l’on puisse faire. Sans conteste l’un des plus productifs aussi. Quant à celui d’où sont tirées ces images, il s’est déroulé du 27 juin au 9 juillet 2005.
UNE ORGANISATION BIEN RODÉE ET DES POISSONS EN ABONDANCE
La préparation d’une journée de pêche commence en principe la veille. On décide alors de la direction à prendre le lendemain. Le groupe de pêcheurs de Michel et Olivier connaissant les different spots et les poissons qu’on y trouve, ils en décident entre eux.
Sinon les guides inuits conduisent eux-mêmes leur clients sur les postes. Le lodge dispose de dix bateaux in bord aluminium équipés de moteur de 40 ch qui prennent à leur bord 2 pêcheurs sous la conduite d’un guide inuit.
Ces barques ont toutes un sondeur et la VHF. Elles conviennent parfaitement à la pêche sur le lac et sont très rapides.
On trouve dans le Grand lac des Esclaves plusieurs espèces de poissons, mais les plus recherchées sont le brochet « Northern Pike », la truite grise « Lake Trout » ou cristivomer et l’ombre « Arctic Grayling ». Personnellement j’accorderais à la truite le titre de poisson roi de ce lac, tout comme la considèrent les Américains, les Canadiens et les Inuits qui la vénèrent.
C’est un poisson qui lutte pour sa défense de façon incroyable jusqu’au dernier moment, celui où le guide saisit le bas de ligne, le prend par les ouies et décroche l’hameçon avec sa pince et le libère. Ses contorsions dès qu’il approche de la surface sont invraisemblables. Ça c’est pour la phase finale du combat. A la touche, la Lake Trout se révèle être tout de suite d’une rare puissance.
Le combat engagé est brutal.
Un grand moment de pêche et de plaisir !
La Lake Trout possède en plus de sa combativité d’autres vertus, sa chair est excellente. Les filets cuits au feu de bois préparés par nos guides inuits pendant nos bivouacs le midi, sont d’une saveur remarquable. Les Inuits ont toutes les raisons de vénérer ces magnifiques salmonidés. Et nous celles de les respecter.
Plusieurs techniques sont employées pour la pêche sportive de la Lake Trout. Tout dépend du moment de la journée et de l’endroit où l’on se trouve. La traîne est inévitable. C’est la pêche la plus pratiquée sur le lac, avec celle dite, à la « verticale ». On gagne une zone et comme elle peut être très grande, tout en cherchant au sondeur à repérer le poisson on laisse traîner nos leurres. Une ligne à l’eau de chaque côté du bateau et l’on prospecte la zone toujours en naviguant plus ou moins près du bord, tout dépend de la hauteur d’eau. Les truites se repèrent très bien au sondeur que le guide surveille « du coin de l’oeil ». Elles sont le plus souvent en petit comité, au fond, prêtes à l’attaque. Tout va très vite après. Nos leurres sont repérés depuis longtemps : si elles chassent, elles sont très rapides et encore plus, brutales! Elles s’emparent de votre leurre qu’elles entraînent vers le fond avec une force et une vitesse incroyable. Vous avez au bout de votre ligne le poisson mythique dont rêvent tous les pêcheurs de salmonidés des Territoires du Nord-Ouest canadien.
Certains postes, comme Fortress Island, ou Three Humps sont connus pour la présence de grosses truites qui se tiennent au fond et ne montent pas sur les leurres de traîne. Elles sont calées en bas et y restent. Pour aller les chercher à 40 ou 80 mètres de profondeur il faut des leurres qui descendent vite, soit des grosses cuillers ondulantes lourdes ou des jigs dont on trouve une quantité de modèles à la boutique du lodge. Donc un conseil, ne vous chargez pas trop en leurres, vous en trouverez suffisamment sur place.
Prenez ceux qui ne vous quittent jamais et quelques nouveautés que vous voulez tester. La pêche de la truite au jig par grand fond est celle qui offre le plus de chances de faire un record. La méthode consiste d’abord à localiser les poissons à l’aide du sondeur.
Ensuite le guide laisse dériver le bateau, moteur arrêté, pour que les leurres une fois à l’eau se presentment là où ont été repérés les poissons.
Le leurre au fond, on dandine en remontant. L’attaque se produit soit au fond, soit au premier tiers de la remontée. C’est une pêche physique qui vous casse un bonhomme, mais à l’idée qu’à soixante mètres audessous de vous se maintiennent peut-être les plus grosses truites du lac, cela vous donne un sacré coup de fouet. C’est ce qui a faille nous arriver un jour à Fortress Island avec Michel Neuville!
Remonter la truite record! Nul doute que c’était à notre portée.
DE L’AUTRE CÔTÉ DU LAC, FORTRESS ISLAND, UN ENDROIT MAGIQUE
Ce jour là nous avions decide d’aller sur les grands fonds qui se trouvent à proximité de Fortress Island avec Michel et Derrick, son inséparable guide, un jeune Inuit très doué comme pêcheur et aussi pour la chasse, son autre activité.
Fortress Island est situé à plus d’une heure de bateau du lodge, à environ 35 km. Le trajet se fait plein gaz et l’on peut Presque dire, quel que soit l’état du lac Derrick n’est pas tendre avec ses passagers, mais c’est un pilote remarquable et ça passe!
A cette vitesse, pendant plus d’une heure de route, tôt le matin sur le lac où les eaux sont à moins de cinq degrés, on se « caille ». Heureusement nous étions emmitouflés dans des grosses doudounes qui assurent une protection quasiment absolue.
A recommander. Elles ne sont pas très élégantes, mais ça protège.
Dès notre arrivée nous avons rapidement repéré la présence de nombreuses truites par soixante mètres de fond. Moteur stoppé on s’est mis en pêche. C’est Michel le premier qui a remonté une « Lake Trout » entre 4 et 5 kilos, quelques minutes à peine après avoir attaqué. Puis plusieurs autres, très rapidement, toutes dans ces poids là. De mon côté la cadence n’avait rien à voir! Lui pêchait à fond avec une cuiller à dandiner Flashmer de 120 g, sa préférée. Moi avec des ondulantes, certaines très lourdes, que je changeais après quelques essais, pour un autre modèle. Le résultat n’avait rien à voir avec Michel qui remontait presque à tous les coups de belles truites entre 4 et 5 kilos ! Il fallait faire quelque chose. J’avais dans ma boîte une dérivée de la célèbre Yann, une Yannlit de 90 g de chez Ragot, une cousine germaine de la cuiller de Michel, je l’ai donc armée… Et là j’ai faille décrocher le « pompon »!
Toujours en dandine, après quelques essais seulement, j’ai senti une traction lente mais persistante et ma canne qui prenait une courbe de plus en plus grande et le bateau qui était entraîné lentement mais sûrement, ne laissant aucun doute sur l’origine de ce qui se déroulait en bas! Maintenant le bateau dérivait régulièrement, tracté par cette truite des grands fonds, un poisson puissant, lourd, qui malmenait ma canne… Quelques minutes d’un combat mémorable, où chaque tour de manivelle vous rapproche de la victoire.
Mais ça ne se termine pas toujours comme ça, malheureusement! Nous n’avons jamais vu surgir cette truite de rêve en surface.
La tension de la canne s’est subitement relâchée, et plus rien !
Juste un souvenir, celui d’une brève bagarre avec ce qui ne pouvait être, à n’en pas douter, que la plus grosse truite du Grand lac des Esclaves!
A l’époque où nous étions au Canada, la plus grosse truite prise était alors un poisson de 59,5 livres !
De tels « monstres » se prennent rarement, mais ça arrive. Les Lake Trout que l’on pêche le plus régulièrement font entre 2 et 5 kilos.
Tout de suite après pendant un séjour de pêche sur le lac, vous ferez obligatoirement des poisons de 8 à 20 livres sans difficulté, et très certainement aussi une ou plusieurs 30 livres. Audessus c’est la Baraka ! Il est difficile d’imaginer que de telles pêches soient possibles si on a pas eu la chance de venir sur ce lac.
Cette journée commencée à la dandine s’est poursuivie jusqu’à près de 17 heures à proximité de Fortress Island dans la vaste baie où l’on pénètre à cet endroit du lac. Il était convenu que notre groupe se retrouverait le midi pour un bivouac à terre et pour déjeuner. Pendant cette pause plusieurs parmi nous en ont profité pour pêcher du bord. Presque incroyable : au lancer, ou à l’appât ligne tendue, pendant que nous déjeunions les poissons se succédaient. Inimaginable, mais le plus fort moment de la journée, a été lorsque nous sommes repartis, le temps menaçait, nous étions restés quelques uns dans la baie à faire des ronds en traîne, et là ça a été un véritable festival !
Pendant un peu plus d’une heure nous avons attelé des dizaines de magnifiques truites. De la folie !
LE BROCHET VIT EN CERTAINS ENDROITS DU LAC EN VÉRITABLES COLONIES
Ce qui est superbe sur ce lac c’est le nombre de postes de pêche où l’on peut se rendre depuis le lodge en une heure à une heure et demie de bateau au maximum. Tout ces postes on leur intérêt et sont naturellement différents.
On est jamais déçu, on ne regrette même pas l’endroit où l’on était la veille. On découvre à chaque fois, un nouvel environnement, des roches différentes, une autre végétation, des lichens variant de couleurs : une seule chose ne change pas, les truites sont toujours au rendez-vous, quel que soit l’endroit.
Mais la plus grande différence de biotope que l’on rencontre ici, c’est quand on part au brochet. Certaines zones du lac sont en eaux peu profondes, ce sont des habitats distincts, formés par des baies abritées, des chenaux, des marais. A ces endroits l’eau se réchauffe beaucoup plus vite à l’arrivée des beaux jours. La vegetation aquatique y est abondante. Le brochet, « Northern Pike » vit dans ces espaces envéritables colonies, s’y reproduit. Il quitte volontiers cet habitat pour rejoindre les eaux froides du lac, mais aller le pêcher dans les eaux peu profondes, lui presenter un leurre dans 50 cm d’eau en bordure des roseaux où il se dissimule, c’est vraiment un beau spectacle que de voir comment il surgit lors de son attaque. Là, la pêche aux petits leurres de surface est un vrai régal !
Le brochet n’intéresse pas beaucoup les Inuits, pour qui la truite est le poisson nourricier. Par contre il est pour beaucoup à l’origine de la venue des Français au Grand lac des Esclaves, et du groupe de Michel Neuville en particulier. On peut dire que l’on est venu sur ce lac pendant des années essentiellement pour pêcher le brochet que l’on trouve en abondance. Aujourd’hui encore il reste un des poissons lesplus pêchés sur le lac et surtout une des passions de certains Américains qui viennent pour un week-end.
DES OMBRES SUPERBES
On ne saurait essayer de retrace l’ambiance qui règne au Lodge, si on oubliait d’en décrire les soirées. Mais rassurez-vous, il n’est question que de pêche, et en particulier celle de l’ombre, l’« Arctic Grayling ».
Les retours de pêche se passent entre 17 et 18 heures au plus tard. On se retrouve au chalet pour une remise en forme avant le dîner, chacun s’occupe de son matériel et direction la salle à manger où tous les pêcheurs sont réunis pour un copieux et bienvenu repas du soir. Le repas terminé, il reste encore deux bonnes heures pendant lesquelles il fait jour. La plupart des pêcheurs repartent, cette fois à proximité du lodge, pour pêcher l’ombre, ou même la truite qui chasse dans le courant de la Stark River rendu assez violent par le rétrécissement de son passage entre les deux rives de l’anse en face du lodge. Un très beau parcours plein de remous, de courants différents, qui offre des possibilities de pêche à la mouche, au lancer ultra léger et à la traîne aussi. Mais c’est vraiment au lancer, dans le courant que l’on s’amuse le plus. On lance deux tiers avant par le travers, on laisse un léger mou à son fil et le leurre aller à fond en faisant de petites retenues, et boum, d’un seul coup votre fil se tend et la touche violente vous surprend. Une superbe bagarre avec un matériel ultra léger, c’est du plaisir absolu. L’ombre se bat jusqu’au bout, difficile de l’épuiser, c’est un merveilleux poisson, rapide comme l’éclair, à qui l’on a une grande joie de rendre la liberté. Moins connus des Français que l’Alaska et ses saumons, les territories du Nord-Ouest canadien offrent des possibilités de pêche remarquables. Mais aussi celles, qui font partie du voyage, de découvrir ces régions magnifiques. La pêche est une chance. Grace à elle nous allons dans des régions du monde souvent inconnues. Difficile alors de séparer les deux plaisirs : celui de la pêche, mais aussi celui de la découverte. Le Grand lac des Esclaves est à découvrir.
LE LODGE
Le lodge est une belle installation construite au bord du lac, comprenant huit grands chalets très confortables, avec chambres individuelles à deux lits, un grand salon avec cheminée, l’électricité, des douches, wc, eau chaude, eau froide, frigo… Les repas sont servis dans un autre chalet, doté d’une cuisine et d’une salle à manger. Ceux du midi sont pris sur les lieux de pêche. On allume un feu entre deux pierres. Tous les poissons étant relâchés, on en a gardé un seul que le guide tranche en filets, une truite en principe dans les 4 à 5 kg, qu’il prépare à toutes les sauces, accompagnée de pommes de terre en carrés, de haricots à l’américaine, pour le plat principal, de fromage et dessert. La pause du midi est sacrée ici. Une coupure on ne peut plus agréable où l’on apprécie de regagner la terre ferme et prendre quelques instants de repos................
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